Une explication fonctionnelle à la défaite de Lucian Bute


Trouver d'autres articles avec ce mot:

Une explication fonctionnelle à la défaite de Lucian Bute

Centre Bouger Mieux

Le boxeur n'a pas perdu en raison de son âge.

Le boxeur Lucian Bute a subi une défaite par TKO (Technical Knockout) le vendredi 24 février, au Centre Vidéotron dans la magnifique ville de Québec (1).

 

À première vue, cette défaite semble s'inscrire dans une logique dite ''normale'', notamment à l'effet qu'un boxeur qui subi une défaite importante, comme celle vécue contre Carl Froch en 2012, n'est plus jamais le même. De plus, en raison de son âge, il aura prochainement 37 ans, ses détracteurs mentionneront qu'il est un boxeur ''fini''.

 

Le but du présent texte n'est guère de s'épancher sur ces arguments qui tiennent lieu beaucoup plus d'éléments normatifs/ subjectifs, mais plutôt de favoriser un éclairage sur la qualité des mouvements offerts par ce dernier.

 

Une explication fonctionnelle

Dans les récents combats effectués, Bute a présenté une diminution significative de sa puissance de frappe, mais d'autant plus de la précision de ses coups, subéséquemment, réduisant l'efficacité de ces derniers.

 

Un boxeur inefficace ne peut aspirer remporter un combat, cela va de soi. Les statistiques de ses coups portés témoignent aussi, qu'il avait modifié son approche pour garder une distance avec son opposant, notamment en favorisant de brefs impacts à faible vélocité (2).

 

Toutefois, la statistique la plus probante s'observe et ne se mesure guère: qu'arrive-t-il lorsque Lucian Bute lance une frappe?

 

Dans son combat contre Alvarez, cela fut encore plus manifeste ; plutôt que de lancer des coups, Bute se lançait sur son adversaire. En fait, son absence de dissociation du tronc et du complexe bassin/hanche était clairement à son désavantage. Cela favorisa sa défaite comme en témoigne l'extrait vidéo ci-haut.

 

Plutôt que de lancer des coups qui s'exprimaient par la concentration de son énergie de frappe au niveau de ses poings, ce dernier se retrouvait déporté vers l'avant et parfois, en déséquilibre, s'exposant, de sucroît à une frappe bien placée au visage.

 

(Source image: Diffusion du gala - arrêt sur image)

 

Une question de hanche!

Il s'agit d'une expression couramment utilisée dans le milieu des arts martiaux et de la boxe. En fait, il est inaproprié de parler que ''tout part des hanches''. Il y a, en fait, un juste équilibre de force concomittante qui doit s'établir entre le mouvement de l'articulation de la hanche (la jonction du fémur et de l'acétabulum), ensuite du bassin, relativement au dos, entraîné par le mouvement de la hanche et réciproquement, la colonne vertébrale dans son ensemble.

 

Le mécanisme est essentiellement de démarrer cette rotation en puissance, par un bon glissement de la hanche dans son socle, de favoriser la torsion du bassin et finalement que l'énergie accumulée se traduise par l'ensemble des segments de la colonne vertébrale, pour finalement se déplôyer dans l'extrémité du poing. Un effet de momentum dans un plan transverse (en rotation) produira une meilleure force de frappe, que de limiter l'exécution à un vecteur linéaire (3).

Source de l'image: Erik Dalton (4)

 Qu'arrive-t-il lorsqu'un segment n'est pas mobile?

Un manque d'efficacité se traduit par des compensations, pour tenter d'arriver au même résultat final. En l'occurence, lorsque Bute lance un coup, il se retrouve en déséquilibre.

 

L'absence flagrante de segmentation de son dos, c'est-à-dire, la capacité de dissocier les différents segments qui composent ce dernier, favorisent un mécanisme de compensation. Il est porté à vouloir déporter son corps en entier, plutôt que de créer un effet de torsion et de concentrer ses énergies dans ses poings - réduisant sa force de frappe.

 

Que dirait une évaluation fonctionnelle de ses articulations?

Très certainement que des limitations majeures subsistent au niveau des hanches, du bassin et du dos. Ces pré-requis absents limitent la performance de ce dernier dans un contexte de combat de boxe. Est-il donc réellement ''fini''?

 

Ce qui est le plus triste dans tout cela, c'est que dans le cadre de sa préparation, ce ne fut clairement pas observé, bien que cela fut flagrant également lors de ses derniers combats.

 

 Comme quoi, même les grands sportifs peuvent être désavantagés par des éléments aussi simple que: a-t-il les articulations pour accomplir la tâche (boxer dans ce cas-ci) qu'il désire compléter.

 

En fait, le milieu des préparateurs physiques doit faire un changement de paradigme important et cesser de se contenter de regarder seulement des variables physiologiques, des rythmes cardiaques et imposer des entraînements en l'absence des pré-requis liés au sport pratiqué.

 

L'auteur

Alexandre Bérubé

Alexandre Bérubé, B.A, MSc, PES, CES, CPT

Président et Directeur clinique

Détient une Maîtrise en Science de l'Exercice de la California University Of Pennsylvania et se spécialise dans l'amélioration des performances et prévention des blessures, en plus d'être un spécialiste de la thérapie manuelle avec plus de 2500 heures pratiques. Il est également ex-membre de l'Équipe nationale en Karaté et s'est classé en 16ème position au monde à l'Open de Paris.

Références:

Photo couverture : © Jacques Boissinot/La Presse canadienne

(1) http://www.lapresse.ca/le-soleil/sports/boxe/201702/24/01-5073075-bute-happe-par-la-tempete-alvarez.php#Slide-14-box-0

(2) http://www.boxingscene.com/jack-bute-compubox-punch-stats--104106

(3) Aguinaldo, A.L., Buttermore, J., Chambers, H. Effects of Upper Trunk Rotation on Shoulder Joint Torque Among Baseball Pitchers of Various Levels. Journal of Applied Biomechanics, 2007; 23:42-51.

(4) Erik Dalton, Don't get married, Part 1 : http://erikdalton.com/dont-get-married-part-1/